Vu en 2017: Baywatch, alerte à Malibu

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« Le légendaire sauveteur Mitch Buchannon  est contraint de s’associer à une nouvelle recrue, Matt Brody, aussi ambitieux que tête brûlée ! Ensemble, ils vont tenter de déjouer un complot criminel qui menace l’avenir de la Baie… »

Ouais, je suis d’accord avec vous, le scénario pourrait sortir tout droit d’un Police Academy 25. Le bras armé de la Justice, droit dans ses bottes, la tête brûlée en quête de rédemption…Ça pourrait sortir aussi de l’Arme Fatale, finalement. Est-ce que la comparaison est osée ? La filiation ? Je n’en sais rien, il est peut-être trop tôt pour le dire, même si Baywatch emprunte à ses illustres anciens le genre, à savoir la comédie d’action. Pour le coup, la balance penche plus du côté de Police Academy, sans atteindre la quantité comique de la franchise, que de l’Arme Fatale. Bref, la digression étant terminée, qu’est-ce qu’on est en droit d’attendre de Baywatch ?

Un film d’été à base de gros pecs, de petits culs et autres blagues à base de bite ? Check. Une intrigue policière qui va amener notre joyeuse bande à sortir de leur zone de confort et s’improviser détectives, un (tout petit) peu comme dans Scooby-Doo ? Check. Un film dans la droite lignée des « blockbusters comiques estivaux », façon 21 Jump Street ? Check. Des caméos du Hoff et de Pamela Anderson ? Check. Le méchant qui se fait dézinguer d’une façon nawakesque ? Check. Le nerd qui se tape la reine du bal ? Check. Ouais, je spoile. Et qu’est-ce qu’on s’en fout, c’est Baywatch, c’est pas le dernier Nolan !!!

Baywatch, tu vas le voir en mode « no-brainer », tu t’assieds, et tu kiffes ! Les VFX foireux ? On s’en branle. Tout ce qu’on veut voir, c’est Dwayne sur un écran de je ne sais combien de mètres carrés exploser le cadre parce qu’il est trop petit pour lui, mettre des baffes, et soulever des trucs que même sous PCP tu pourras pas le faire ! Et on est servi, mon pote ! Perso, le contrat est rempli, haut la main, c’est exactement ce que j’étais venu voir en rentrant dans la salle ! J’ai même pas envie de vous parler de la mise en scène ou du casting, ça ne sert à pas grand-chose de disserter sur les talents d’actrice d’Alexandra Daddario ou sur l’entrainement qu’a dû se taper Zac Efron pour être fit comme ça. Y a de l’action, de la blague foireuse, y a du soleil, le Hoff, ça pétarade, parfait pour un 21 Juin ! #Dwayne4President

Vu en 2017: Problemos

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« Jeanne et Victor sont deux jeunes parisiens de retour de vacances. En chemin, ils font une halte pour saluer leur ami Jean-Paul, sur la prairie où sa communauté a élu résidence. Le groupe lutte contre la construction d’un parc aquatique sur la dernière zone humide de la région, et plus généralement contre la société moderne, la grande Babylone. Séduits par une communauté qui prône le « vivre autrement », où l’individualisme, la technologie et les distinctions de genre sont abolis, Jeanne et Victor acceptent l’invitation qui leur est faite de rester quelques jours. Lorsqu’un beau matin la barrière de CRS qui leur fait face a disparu…la Communauté pense l’avoir emporté sur le monde moderne. Mais le plaisir est de courte durée…à l’exception de leur campement, la population terrestre a été décimée par une terrible pandémie. Ce qui fait du groupe les derniers survivants du monde. Va t’il falloir se trouver de nouveaux ennemis pour survivre ? »

Après une Tour 2 Contrôle Infernale relativement décevante,  Éric Judor revient derrière la caméra avec ce Problemos, dans lequel il interprète le rôle principal, écrit par la talentueuse Blanche Gardin et son acolyte Noé Debré. Nous suivons donc les aventures et autres pérégrinations de Victor, père de famille tout ce qu’il y a de plus classique – « normal » j’ai envie de dire, voire « normé » – dans une communauté de zadistes, dirigée par un vieil ami de Jeanne (Célia Rosich), son épouse. Entre conflits de valeurs et interrogations, Victor va devoir composer avec sa nouvelle communauté pour tenter de survivre suite à cette fameuse pandémie qui aurait fait d’eux les derniers survivants (le sont-ils vraiment ?) sur Terre, ou tout au moins en France. Problemos, ou le mix improbable entre Lost, The Walking Dead, et Les Babas Cool.

Je dois vous avouer que je suis bien embêté. Étant assez fan de ce qu’est devenu Éric Judor depuis qu’il vole en solo, alors que les teasers annonçaient un film prometteur, il faut bien avouer que le film est en deçà de mes espérances, principalement à cause d’un problème d’équilibre qui fausse tout le film. En essayant de coller à une certaine réalité, à savoir la vie en communauté, qui plus est sur une ZAD, Gardin et Debré, de mon point de vue, ne sont pas allés assez loin. Tout ce qui est décrit dans ce film colle un peu trop à une certaine réalité. Les prises de décisions, le fonctionnement en interne de ces communautés, censées être hiérarchiquement horizontales mais qui ne le sont pas au final, sont bien trop « réelles » pour qu’on puisse en rire vraiment. Nous avons été abreuvés ces dernières années de reportages de ce type, Notre-Dame-Des-Landes pour rester local, Nuit Debout, Occupy Wall Street, des populations en résistance, des communautés de gens aspirant à une vie non régie par la masse, les grands groupes financiers, la fameuse Babylone entendue à tout bout de champ dans le film. La vision de ces luttes qu’on nous sert dans le film sent un peu trop le patchouli à mon goût. Problemos nous offre à voir une forme de lutte estampillée Sinsemilla. On n’en est déjà plus là. La mise en forme, le choix même de se concentrer sur ce type de vie, ça arrive trop tard.

Tout n’est pas à jeter, y a quelques bonnes vannes, voire très bonnes, évidemment celles qu’on a pu voir en long, en large et en travers dans les teasers, ainsi que les contradictions auxquelles la communauté se retrouve suite à l’exclusion de l’un des leurs, Simon (Youssef Hadji, excellent comme d’habitude), mis en quarantaine parce qu’il s’est aventuré hors zone, et potentiellement contaminé par le fameux virus qui aurait décimé tout le monde. Évidemment, il a fallu une vanne sur le végétalisme, ce qui paraissait logique. Une fois de plus, le sous-texte est tout bonnement ridicule. Le casting est plutôt pas mal, chacun dans sa caricature, du clochard/shaman à la « diehard feminist » en passant par l’ado qui se croit dans une real-tv. Parler de la réalisation quand il s’agit de comédies n’est pas forcément très utile, on peut juste dire que ça n’a pas la gueule d’un téléfilm.

Y a pas vraiment de choses à retenir de ce Problemos. En sortant de la projection, la seule question que je me suis posé fut la suivante: « ok, et donc ? C’était quoi le projet ? » Ce type de films, Problemos, Mammuth, sous couvert de vulgarisation par le rire, fait plus de mal que de bien. Faut voir le final de Problemos, d’une noirceur, d’un cynisme… Ou d’une facilité sans nom, au choix, selon ce que l’on veut y mettre. Ouaip, c’est peut-être bien ça le problème, c’est que le cynisme est devenu monnaie courante dans notre société. C’est bien plus facile de se foutre de la gueule de tout le monde, de personnes qu’essaient de faire bouger les lignes, quand bien même elles s’y prennent mal, en restant le cul vissé dans son canapé à twitter son soutien à Baba, en bon fanzouze. Et ce cynisme est bien présent dans certaines scènes, où les « Survivants » retrouvent leurs instincts d’homo sapiens sédentarisés, principalement dans leur rapport à la propriété, voire à l’appropriation, présent pendant tout le film.

Bref, je ne sais pas trop sur quel pied danser. J’aimerais vraiment défendre Problemos parce que s’intéresser à ce type de communauté est relativement récent, mais le fait est que cette vision assez « hippie-esque » de la chose me semble bien éloigné de la réalité. En ce sens, le film vise à côté et ne parvient jamais réellement à faire rire des situations. Seuls quelques punchlines bien senties provoquent le rire. Et encore, faut avoir un peu l’esprit tordu, ce qui n’était pas le cas du public de ma séance. Je conclurais sur un bon vieux « c’est dommage, y avait mieux à faire vu le sujet » !

Vu en 2017: Alien: Covenant (AVEC SPOILERS !)

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« Les membres d’équipage du vaisseau Covenant, à destination d’une planète située au fin fond de notre galaxie, découvrent ce qu’ils pensent être un paradis encore intouché. Il s’agit en fait d’un monde sombre et dangereux, cachant une menace terrible. Ils vont tout tenter pour s’échapper. »

Bon. Parlons peu, mais parlons bien. Non, ce n’est pas Alien 5. Non, ce n’est pas Alien 0. Cet Alien: Covenant est une suite quasi directe de Prometheus (à l’époque de sa sortie, j’en disais ça, de Prometheus). 10 ans ont passé depuis les événements que l’on sait, et l’envol d’Elizabeth Shaw (Noomi Rapace) et de l’androïde David (Michael Fassbender) vers la planète des « Space Jockeys ». Bon, alors c’est quoi ce bordel ???

Ce bordel, c’est qu’on suit le Covenant, vaisseau spatial qui transporte une colonie de 2000 personnes et de quelques embryons, endormis depuis des années, en route vers une planète, Origae-6, qui semble parfaitement accueillante pour l’espèce humaine. L’androïde Walter (Michael Fassbender) veille au grain pendant le voyage, se charge de toute la maintenance. Alors que le vaisseau recharge ses accus via de grandes voiles déployées, une onde liée à une éruption solaire va foutre la merde, endommager le vaisseau, et l’équipage va se réveiller en urgence. Le capitaine Branson (James Franco) y passe direct, brûlé vif dans son caisson. C’est son second, Oram (Billy Cudrup), qui prend le commandement. Visiblement, c’est un homme de Foi. Alors que la route vers Origae-6 s’annonce particulièrement longue, et que les réparations du Covenant se passent plutôt bien, un message capté par Tennessee (Danny Fuckin’ McBride), le pilote du vaisseau, remet en cause totalement la mission. Jusqu’à la dérouter sur la planète d’où est émis le message, habitable elle aussi. Et c’est le début des emmerdes.

Ridley Scott continue de développer sa mythologie Prométhéenne avec cet Alien: Covenant qui ne fera pas que des heureux. « Haters gonna hate » comme on dit habituellement. Pour les fans de l’Alien, vous serez servis. Je vais en dire peu, mais y a comme une scène déterminante pour toute la Franchise qui se passe sous nos yeux. Le fan service est présent, les passages obligés aussi, y a aucun problème. Ce n’est pas le plus intéressant dans le film. Le plus intéressant, c’est Michael Fassbender, et son double rôle David/Walter.

Pierre angulaire de l’arc Prometheus de cette saga, David s’est émancipé. On le savait déjà depuis Prometheus. Une nouvelle étape a été franchie. Il rassemble en lui les mythes de Prométhée et de Frankenstein. La scène où le Juggernaut, vaisseau emprunté par Shaw et David à la fin de Prometheus, arrive sur la planète des Space Jockeys, et ce qui en découle, renvoie inévitablement au mythe de Prométhée, à la différence près que ce Prométhée-ci est déchaîné. Quant à Frankenstein, David s’est affranchi de ses créateurs, devenant une forme hybride d’être, un androïde à la réflexion assez humaine, emplie d’atermoiements et autres réflexions philosophiques. Ce qui a pu faire peur à ses concepteurs. Walter le dit lui-même. En rectifiant le tir sur la machine, l’être humain se prémunit de tout dysfonctionnement et danger potentiel. David, pour faire une analogie avec une autre saga bien connue, c’est l’Agent Smith. Il a muté, et sa nouvelle condition lui pose beaucoup de questions sur le sens de la vie, de sa vie. Les questions sont humaines, les réponses sont robotiques. David est un demi-dieu, se prenant pour un dieu, et agit de la sorte. Il fait table rase du passé, de ces erreurs, de ces anomalies, et se met en quête de la perfection. Réussira-t-il ? C’est toute la question. « Better to reign in Hell than serve in Heaven ? » Kickback était visionnaire. (20 ans aussi ??? Bah putain !) Les questions existentialistes de Ridley Scott continuent d’être posées dans cet Alien:Covenant de fort belle facture. Posées et mises en image. Je lisais de ci de là que la question de la religion, notamment via le personnage d’Oram, avait été occultée assez rapidement pour revenir à quelques fondamentaux. De mon point de vue, elle est encore plus présente. Non plus uniquement dans les paroles, mais dans les actes aussi. Entre monothéisme exacerbé, légendes et représentations mythologiques; la Nécropole, les Enfers tels qu’on peut nous les dépeindre, entre Gustave Doré et Saint Seiya !

Visuellement, parce qu’il s’agit aussi de ça, faudrait pas l’oublier, c’est conforme, on est raccord avec le précédent opus. Ridley Scott maîtrise, ce n’est un secret pour personne. C’est brillamment réalisé, l’action est lisible, les moments de tension sont présents. J’émets quelques réserves sur la direction d’acteurs, notamment sur les rôles plus secondaires. À dire vrai, peu importe. La réussite, une fois de plus, c’est Michael Fassbender, totalement impersonnel, détaché dans la peau de David. Jusqu’à en modifier son allure, sa démarche. Il en est encore plus troublant qu’avec ses claquettes. FRANCHEMAN IL FÉ PÉFLI !!! Étonnamment lorsqu’il joue Walter, il apparaît plus humain. Dans son comportement, des attitudes, ses décisions, dans un cadre militaire, il a une forme de liberté qui lui confère plus d’humanité que pour David qui lui est totalement libre, mais ne sait que faire de ce libre-arbitre acquis. Enfin, si, il sait très bien quoi en faire, ce serpent, le commandant Oram l’apprendra à ses dépends.

Alien: Covenant est dans les standards « Scottiens », à savoir très haut. L’exploration mythologique du père Ridley continue, de Prométhée à Frankenstein, comme je disais plus haut, en passant par Lucifer, l’Arche de Noé, l’Apocalypse et autres récits Bibliques. Si l’angle choisi ne nous a pas plus dans le premier, ça ne vous plaira pas ici non plus. « Haters Gonna Hate ». Je finirai avec le poème cité dans le film, qui reflète bien la pensée du film:

« J’ai rencontré un voyageur venu d’une terre antique
Qui m’a dit : « Deux immenses jambes de pierre dépourvues de buste
Se dressent dans le désert. Près d’elles, sur le sable,
À moitié enfoui, gît un visage brisé dont le sourcil froncé,

La lèvre plissée et le sourire de froide autorité
Disent que son sculpteur sut lire les passions
Qui, gravées sur ces objets sans vie, survivent encore
À la main qui les imita et au cœur qui les nourrit.

Et sur le piédestal il y a ces mots :
« Mon nom est Ozymandias, Roi des Rois.
Voyez mon œuvre, vous puissants, et désespérez ! »

À côté, rien ne demeure. Autour des ruines
De cette colossale épave, infinis et nus,
Les sables monotones et solitaires s’étendent au loin. »

Vu en 2017: On l’appelle Jeeg Robot

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« Poursuivi par la police dans les rues de Rome, Enzo plonge dans les eaux du Tibre et entre en contact avec une substance radioactive qui le contamine. Il réalise bientôt qu’il possède des pouvoirs surnaturels : une force et une capacité de régénération surhumaines qu’il décide de mettre au service de ses activités criminelles.  Du moins jusqu’à ce qu’il rencontre Alessia, une jeune fille fragile et perturbée qu’il sauve des griffes de Fabio, dit « Le Gitan », un mafieux déjanté qui a soif de puissance.
Témoin des pouvoirs d’Enzo, Alessia est persuadée qu’il est l’incarnation de Jeeg Robot, héros de manga japonais, présent sur Terre pour sauver le monde. Mais Enzo va être forcé d’affronter Le Gitan qui veut savoir d’où vient cette force surhumaine. Parviendra-t-il à sauver la ville de la folie meurtrière de Fabio et être le super-héros qu’Alessia voit en lui ? »

« Comment ça un film de super-héros italien ? C’est quoi l’embrouille ? Et ça sort au ciné, en plus ??? » C’est en substance ma réaction quand j’ai vu la bande-annonce de ce On l’appelle Jeeg Robot. À l’heure où les multiplexes remplissent leurs salles de blockbusters tous plus aseptisés les uns que les autres, et à chaque fois qu’on sort de la salle on se demande pourquoi on est allé voir cette merde, il est de bon ton de soutenir la Cause quand on aime le film de Genre, en donnant un peu de ses sous à ce type d’initiatives, qui plus est quand le film n’est pas raté.

Oui,  ce Jeeg Robot est étonnamment sympathique. Plutôt bien foutu. Sur fond de film de mafieux à la petite semaine, l’insertion fantastique fonctionne plutôt bien. Parce que pas d’artifices. Pas de costume à la con. Juste un connard qui s’appelle Enzo, un galérien qui fait des coups pour pouvoir bouffer et mater du pr0n, qui ne demande rien à personne, et qui va se retrouver avec une force surhumaine après s’être quasiment noyé dans des déchets radioactifs qui traînent dans le Tibre. Un destin extraordinaire pour un homme ordinaire: Luke Skywalker, Rocky Balboa. Merci Joseph Campbell.

Oui, le mélange des genres fonctionne bien. Ces gangsters en survet’, ce bad guy déjanté sorti de je ne sais quel anime, ces gueules, l’humour même, donnent une patine au film plutôt intéressante. On est embarqués dans leur réalité de truand, enfin de truands, de galériens. Une récupération de cocaïne qui tourne mal, une guéguerre qui s’ouvre avec des gangsters napolitains qui visiblement ne sont pas là pour plaisanter, et on se retrouve dans un film de mafieux absurde, où le ridicule des situations fait marrer.

Quant au casting, le choix des gueules est parfait. De Claudio Santamaria dans le rôle d’Enzo, à Luca Marinelli dans la peau de ce personnage totalement foutraque qui n’aurait pas dépareillé dans Crows Zero, le casting est au poil. Mention spéciale à Ilenia Pastorelli, dont c’est la première apparition à l’écran, dans le rôle d’Alessia, cette femme-enfant en plein trauma qui vit dans le monde parallèle de Jeeg Robot, série animée de Mecha (il me semble qu’il y a un nom plus spécifique pour le genre) dans la lignée des Goldorak et autres Mazinger Z.

Bref, On l’appelle Jeeg Robot est une bonne surprise, relativement réussie, le film mérite qu’on s’y arrête. Et pour une fois que ça se fait en Europe sans singer les Américains, c’est encore plus méritoire !

Vu en 2017: Alabama Monroe

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« Didier et Élise vivent une histoire d’amour passionnée et rythmée par la musique. Lui, joue du banjo dans un groupe de Bluegrass Country et vénère l’Amérique. Elle, tient un salon de tatouage et chante dans le groupe de Didier. De leur union fusionnelle naît une fille, Maybelle… »

Chronique garantie avec spoilers. Rien d’étonnant à cela, le film a 4 ans. Peut-on encore parler de spoiler..? On pourrait disserter là-dessus, mais on va s’abstenir. Alors ? Est-ce que l’Amour survit au plus grand des drames, perdre sa progéniture ? Douloureuse question que nous pose Felix Van Groeningen dans cet Alabama Monroe de fort belle facture.

Le synopsis le dit bien, « leur union fusionnelle ». C’est effectivement le cas. Leur amour est pur, vrai, spontané. Celui au-delà des mots. Celui qui te transporte, qui te donne envie de te projeter loin dans le futur. Y a des rencontres comme ça qui sonnent comme des évidences, où tu lui dis: « mais où étais-tu tout ce temps ? » Elle l’a dans la peau, il n’a d’yeux que pour elle. De cet Amour naît Maybelle, une petite fille. La vie est belle, sans anicroche, faite de rires, de lumière, d’amour. 6, 7 ans, je ne suis pas sûr qu’on l’apprenne. Et puis c’est le drame: un cancer est détecté chez Maybelle. Long story short, elle y reste. Non sans se battre, évidemment. Le film oscille donc entre la vie après le décès de Maybelle, et des flashbacks, à deux, à trois.

On en arrive donc à la grande question, comment se remet-on de la mort de sa progéniture, si jeune soit-elle ? Van Groeningen a choisi: on ne s’en remet pas. Leur descente aux enfers est identique à leur amour. Il se vit, ne se dit pas, ou peu. Lui estime que c’est la faute des labos pharmaceutiques et de certains gouvernements qui freinent la recherche; elle se blâme, elle le blâme, pense que l’âme de sa fille est toujours présente. Deux visions du deuil s’opposent, l’une purement concrète, l’autre abstraite. Et ça va mal se mettre.

Van Groeningen réussit à filmer le tout magnifiquement, proposant des scènes emplies d’émotions sans jamais rentrer dans le putassier. À mesure que la descente aux enfers de ses personnages s’accélère, il nous propose un contrepoint tout en poésie, tout en musique qui, pour quelqu’un qui a quelque peu d’empathie, tire inévitablement les larmes.  Une poésie tragique mise en images, belle, qui se magnifie dans la souffrance. Alabama Monroe est d’une beauté… Rien que d’y penser, j’en ai la vue qui se trouble.

Et que dire du casting, qui relève le défi haut la main. Johan Heldenberg (Didier) et Veerle Baetens (Élise) sont habités par leurs personnages. Leur relation à l’écran semble tellement réelle, vraie, dans les jeux de regards qu’on ne peut qu’y adhérer, y croire. Grosse performance. Après la bouse que je m’étais farcie avant, voir Alabama Monroe rappelle combien le Cinéma est avant tout une histoire humaine, une histoire d’humains. Voyez-le. Franchement. Au lieu de payer je ne sais combien pour un énième blockbuster franchisé qui sent la soupe instantanée, que vous aurez vite digéré et vite chié, voyez Alabama Monroe, votre coeur vous dira merci.

Vu en 2017: Les Gardiens de la Galaxie 2

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« Musicalement accompagné de la « Awesome Mixtape n°2″ (la musique qu’écoute Star-Lord dans le film), Les Gardiens de la galaxie 2 poursuit les aventures de l’équipe alors qu’elle traverse les confins du cosmos. Les gardiens doivent combattre pour rester unis alors qu’ils découvrent les mystères de la filiation de Peter Quill. Les vieux ennemis vont devenir de nouveaux alliés et des personnages bien connus des fans de comics vont venir aider nos héros et continuer à étendre l’univers Marvel. »

Difficile de passer à côté du premier gros Blockbuster du printemps, attendu par le troupeau des fans de Marvel comme le Messie, le renouveau du studio en termes de blagues salaces; la jurisprudence « Deadpool », si vous préférez. J’avais trouvé le premier moyen, bien en deça de ce que la bande-annonce laissait supposer quant à la qualité, l’irrévérence, dudit film. Qu’en est-il de cette suite ? On dit souvent que le 2, c’est le premier avec plus de tout.

PERDUUUU !!! Que c’était long, mais long ! Un calvaire sur la fin, tellement ça n’en finit jamais. L’intrigue est décousue, les deux arcs scénaristiques dont on nous parle dans le film sont bien trop distincts l’un de l’autre, même dans le climax où les deux se rejoignent on n’y croit pas. Aucune emphase avec les personnages est possible. On essaie de tirer sur la corde affective avec l’histoire de Quill et son père, et ça ne fonctionne pas. Pourquoi ? Premièrement parce que Chris Pratt joue comme une merde. Le mec récite son texte, sans y croire vraiment. Il vient aussi de rentrer dans la catégorie « mono-expression » si chère à Vin Diesel et au Brigadier Schmitt. Incroyable. Il est passé le Andy Dwyer de Parks & Recreation ??? LA. PUTAIN. DE. DÉCEPTION. En voulant jouer la carte de la famille, nerf de la guerre dans Les Gardiens 2, James Gunn se tire une balle dans le pied (lol) car il n’arrive jamais, à aucun moment, à provoquer de l’empathie pour ses personnages, comme dans la relation amour/haine entre Gamora et Nébula.

Quant aux personnages, y aurait bien que Rocket et Drax qui sont mieux lotis que les autres. Quoique Drax… Bon, il fait dans l’humour de merde, un humour de Bro #duh. Vraiment, Rocket est possiblement le personnage le mieux réussi de ce film. Parce que même Ego, le père de Quill, interprété par le grrrrrand Kurt Russell, ça ne fonctionne pas. Il manque d’envergure, pour un dieu. Ouais, je vous spoile la gueule, j’en n’ai rien à foutre, ça vous évitera d’aller voir ce truc au cinéma. Autant retourner voir Fast & Furious 8, là vous en aurez pour votre argent si vous voulez voir des explosions ! Car même l’action est foireuse, bien trop artificielle. Là où dans Star Wars c’est crédible, parce que parfaitement intégré à l’univers, et le travail sur les véhicules, quels qu’ils soient, est chiadé, dans les Gardiens 2 c’est… ce côté Steampunk complètement raté…Et c’est sans compter sur la façon dont l’équipe s’articule ! C’est bien simple, c’est Futurama en moins bien fait. Je vous laisserai faire les rapprochements quant à certains personnages, leurs rapports entre eux et leurs attitudes.

Quant à la mise en scène, bon, c’est pas extraordinaire. Aucune scène ne nous laisse scotché sur notre siège, c’est plutôt le contraire. Y a un côté soporifique qui fonctionne très bien. Je vais m’arrêter là, vous avez bien compris mon ressenti au sortir de la séance. Et on peut donc répondre à la question : oui, Les Gardiens 2 est comme le premier, en plus… en plus médiocre. C’est vraiment du foutage de gueule à ce niveau-là. Et ça ne va pas aller en s’arrangeant, je crois. Pour un Logan combien de Gardiens, d’Avengers, de films Marvel pré-digérés ? 1/30, c’est ça le ratio ? Bah putain, on n’est pas rendus.

Revu en 2017: Personal Shopper

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« Maureen ne se remet pas de la perte de Lewis, son frère jumeau mort à Paris. Pour se rapprocher de lui, la jeune Américaine travaille dans la ville Lumière en tant que «personal shopper», elle s’occupe de la garde-robe d’une célébrité. Elle déteste ce métier futile qui lui sert uniquement à financer son séjour. Médium, Maureen attend une manifestation de l’esprit de Lewis. Ses amis, qui s’inquiètent, lui demandent de tourner la page. Un jour, elle reçoit d’étranges messages anonymes sur son téléphone portable. Les manifestations arrivent finalement une nuit, non sans provoquer l’effroi de la jeune femme… »

 

Je n’avais pas encore eu l’occasion de faire une chronique en bonne et due forme du dernier film d’Olivier Assayas. Je répare donc cette erreur après un second visionnage. Entrons directement dans le vif du sujet. Au moment de sa sortie, j’en disais en substance: « n’est pas Kiyoshi Kurosawa qui veut », lui qui sait si bien retranscrire les liens entre le monde des vivants et celui des morts dans une réalité tout à fait banale. Trop peu connu chez nous, Kurosawa mériterait plus de reconnaissance de ce côté-ci du globe pour la magnificence de ses films. L’aparté étant terminé, reprenons.

On connaît l’amour que porte Assayas au cinéma extrême-oriental – et pas que, il a longtemps été marié à Maggie Cheung, mais si vous voyez qui c’est, In The Mood For Love de Wong Kar-Wai ! -, on voit bien ce qu’il a essayé de faire avec cette histoire de jumeau disparu trop tôt, et ce lien médiumnique unissant Lewis et Maureen. Elle qui, visiblement, n’arrive pas à faire le deuil de son frère, avec qui elle partage la pathologie qui a eu raison de lui. Elle qui, pour lui permettre de rester à Paris le temps que Lewis lui envoie un signe de l’au-delà, travaille donc comme Personal Shopper pour Kyra, une célébrité qui fait je-ne-sais-quoi. Ce n’est pas d’ailleurs pas très important, ce qu’elle fait dans la vie. Maureen déteste ce job, mais il lui permet de se maintenir la tête hors de l’eau financièrement et mentalement. Alors que d’un autre côté, elle squatte dans l’ancienne maison de son frère, un couple veut l’acheter, pour vérifier qu’il n’y a pas de mauvais esprits, ou celui de son frère qui y traîne encore. En faisant l’élastique ainsi entre réalité et spritualité, Maureen n’arrive pas à se poser, et cela joue inévitablement sur sa vision de la réalité. De spectatrice de la vie de Kyra, elle passera petit à petit à actrice, comédienne de sa vie. Une paire de chaussures, telle Cendrillon, et c’est parti.

Ce n’est pas le seul rapport au surnaturel présent dans Personal Shopper, même s’il ne tourne qu’autour de Maureen. Les scènes de discussion via SMS avec un inconnu (l’est-il vraiment ? Est-ce Lewis ? Existe-t-il ou n’est-ce qu’une projection mentale de Maureen ???), qui paraissent interminables, ne font finalement que renforcer ses doutes vis à vis de sa propre perception du surnaturel. Et ce jusqu’à la toute fin du film, qui laisse perplexe. Et je ne sais toujours pas quoi en penser. Si on reste purement terre à terre, c’est une grande déception. Je me refuse à croire à cela. Y a forcément autre chose. Assayas ne peut pas nous emmener dans cet univers et conclure avec « oh mais c’est moi toute seule, j’entends des trucs parce que je suis trop triste que tu sois mort, mon frère ». Non. Ce serait un énorme foutage de gueule si c’était le cas. Et pour l’instant je ne tiens pas à adhérer à cette thèse. Bref..

On se doute bien qu’un « coup de foudre artistique » a eu lieu entre Olivier Assayas et Kristen Stewart depuis Clouds Of Sils Maria. Ici, c’est flagrant. Assayas a écrit et réalisé le film pour Kristen, elle qui est présente dans quasiment chaque scène du film. Et elle y est parfaite. Pour le coup, Personal Shopper remplit cette partie du cahier des charges haut la main ! En terme de mise en scène, bon, ce n’est pas non plus la grande éclate, mais c’est assez bien filmé. On est suffisamment tenus à distance de Maureen, dans une forme de respect du deuil, de sa tristesse, pour ne jamais se sentir totalement impliqué, en empathie si j’ose dire. Et c’est tout aussi bien. Resserrer le cadre n’aurait eu aucun sens, et aurait rendu le tout incohérent. Ça n’est justifié que lors de la conversation par SMS.

Vous l’avez compris, ce Personal Shopper récolte un « peut mieux faire ». Non que le film soit désagréable, bien au contraire, mais on sent bien qu’il a le cul entre deux chaises. Assayas n’assume pas son influence asiatique jusqu’au bout, et c’est bien dommage. Avec ce postulat de départ, on aurait pu avoir un vrai beau film.